Louis Noir

UNE FRANÇAISE CAPTIVE CHEZ LES PEAUX ROUGES

Chez les Sioux

Voyages, explorations, aventures
Volume 16
(1899)

 

 

Table des matières

 

PRÉFACE.. 5

CHAPITRE PREMIER  UN CAMP DE SIOUX.. 8

CHAPITRE II  RAYON-D’OR LE BOIS-BRULÉ.. 24

CHAPITRE III  LES CAPTIVES. 29

CHAPITRE IV  CHEZ LES SAUVAGES. 35

CHAPITRE V  LOYAUTÉ SAUVAGE.. 38

CHAPITRE VI  MADEMOISELLE DE PELHOUER ET RAYON-D’OR.. 39

CHAPITRE VII  À LA CIBLE.. 42

CHAPITRE VIII  FINESSE D’OURS BLANC.. 47

CHAPITRE IX  LES JAGUARS. 52

CHAPITRE X  LES JAGUARS. 55

CHAPITRE XI  LES BISONS. 62

CHAPITRE XII  LES OURS GRIZLY.. 70

CHAPITRE XIII  LA CÉRÉMONIE DE LA PRISE DU BOUCLIER.. 75

CHAPITRE XIV  FAUX SIOUX.. 79

CHAPITRE XV  LES TROIS COUPS DE FEU.. 81

CHAPITRE XVI  BON VOYAGE.. 89

CHAPITRE XVII  RÉFLEXIONS. 91

CHAPITRE XVIII  EXÉCUTÉS ! 93

CHAPITRE XIX  SCÈNE D’AMOUR.. 95

CHAPITRE XX  L’AMOUR MISSIONNAIRE.. 99

CHAPITRE XXI  DÉNOUEMENT.. 100

À propos de cette édition électronique. 101

 

 

 

Je dédie ce livre à mon ami Yan d’Argent, très content d’être devenu son voisin.

 

Son tout dévoué,

 

Louis NOIR.

 

PRÉFACE

 

Pour voir des Peaux-Rouges, il faut se hâter, j’entends de vrais Peaux-Rouges, de ceux de l’Amérique du Nord que Fenimoore Cooper a immortalisés.

 

Peaux-Rouges vivant de chasse et non des aumônes du gouvernement.

 

Peaux-Rouges en liberté.

 

Ils vont se réduisant sans cesse en nombre et en force.

 

C’est une race qui s’en va.

 

Il n’y en a pour ainsi dire plus aux États-Unis, presque plus au Canada.

 

Si ceux du dernier pays durent encore, ils le doivent à la rigueur du climat dans le Haut-Canada, où les froids descendent à trente et quarante degrés.

 

L’Indien, au milieu des forêts, avec bon feu à son foyer, brave dans son wigwam cette rigoureuse température ; dehors, couvert de peaux, avec un manteau en peau ressemblant à une chape, il est en état de résister aux temps les plus durs.

 

Ses mocassins de peau cuir en dehors, poil en dedans, protègent ses pieds et ses jambes.

 

Nul n’a chaussure plus douce, plus souple, plus impénétrable à la pluie et à la gelée.

 

Le manteau emprisonne beaucoup d’air, et l’air, mauvais conducteur de la chaleur ou du froid, forme un matelas protecteur.

 

Sans les mocassins, sans le manteau-chape, l’Indien ne saurait passer des hivers de sept mois par des gelées effrayantes.

 

Mais il les supporte assez facilement et voilà pourquoi une partie de ce peuple réfugié dans le Haut-Canada solitaire se survit à lui-même.

 

Mais si le Canada finit par se peupler, le dernier Peau-Rouge disparaîtra.

 

C’est fatal.

 

Toutes les fois que les Anglo-Saxons touchent un peuple sauvage, le contact, pour celui-ci, est mortel.

 

Jamais d’exception.

 

Les Anglais ont fait une loi divine, je l’ai déjà dit, de cette disparition des races inférieures.

 

« Le sauvage ne peut, disent-ils, vivre à côté du civilisé. »

 

C’est un aphorisme pour les Anglais.

 

Mensonge évident !

 

Infâme mensonge !

 

Au Mexique, non seulement les Indiens survivent, se sont transformés, civilisés, mais ils sont d’honorables citoyens jouissant de tous les droits civils et politiques des blancs.

 

Une nouvelle race s’est même formée, mêlant les sangs, race des métis.

 

Dans toutes les républiques de l’Amérique du Sud il en est de même.

 

Voilà le démenti éclatant que donne la race latine aux Anglo-Saxons.

 

Ils n’en continuent pas moins à soutenir que l’anéantissement des Peaux-Rouges est une loi providentielle.

 

La Providence qui tue les Indiens, c’est la race anglo-saxonne.

 

Dès qu’une tribu est signalée comme ne mourant pas assez vite de l’eau-de-feu, on lui envoie des marchandises infectées du virus de la petite vérole ; puis, pour aller plus vite, on lui cherche noise, elle se révolte, on l’extermine.

 

Cattelin a raconté cette sinistre histoire des tribus que les États-Unis ont fait disparaître par ces moyens ignobles.

 

Dès que le flot montant de l’émigration approche d’une réserve d’indiens, territoire assigné par le gouvernement à une tribu, si cette tribu ne fuit pas dans les solitudes glacées du Nord, elle est perdue.

 

Parmi celles qui survivent parce qu’elles ont fui le contact des Anglo-Saxons, la plus belle, la plus nombreuse est celle des Sioux.

 

Elle compte encore environ vingt mille âmes divisés en clans plus ou moins nombreux, une quarantaine, d’environ cinq cents hommes chacun, un peu plus, un peu moins.

 

Le nom indien des Sioux est en réalité Dakotas.

 

Chaque bande nomme son chef et celui-ci fait partie du Grand Conseil.

 

C’est le Sénat indien.

 

C’est le système représentatif.

 

Cette tribu, comme le dit Cattelin, est l’une des plus belles, des plus puissantes de l’Amérique du Nord.

 

Elle compte six ou sept mille cavaliers bien montés.

 

Elle est campée sous des tentes et elle est sans cesse en déplacement.

 

Nous allons voyager dans ce volume avec les Sioux.

 

Nous dirons leurs mœurs curieuses.

 

Le lecteur, en nous suivant, verra cette vie bien pittoresque en migration.

 

Elle erre sans cesse.

 

Elle ressemble beaucoup aux tribus arabes du Saraha.

 

Mais elle n’est point pastorale.

 

Elle vit uniquement de chasse.

 

Il nous a paru intéressant, après que Fenimoore Cooper a écrit le Dernier des Mohicans, de décrire les derniers Sioux.

 

Ce peuple, pourtant, mériterait de survivre ; mais aura-t-il cette bonne fortune ?

 

Hélas non, si c’est la Providence anglo-saxonne qui règle ses destinées.

 

CHAPITRE PREMIER

UN CAMP DE SIOUX
[1]

 

Une centaine de tentes s’élevaient au milieu d’une plaine canadienne immense où les forêts alternaient avec les prairies.

 

Ces tentes, très vastes, étaient soutenues chacune par quinze ou vingt montants disposés à ce que l’eau de pluie s’écoulât.

 

Ces tentes sont faites de peaux de bisons cousues ensemble avec les tendons de l’animal ; ces peaux forment chacune un tableau délimité par un cadre de broderies.

 

Les femmes obtiennent celles-ci en teignant des tendons dans les sucs de certaines plantes et l’effet est très agréable à l’œil.

 

Les artistes ont des fantaisies charmantes et ces broderies dessinent des arabesques souvent très originales.

 

Dans ces cadres, les femmes ont dessiné d’abord et peint ensuite des scènes de guerre et de chasse avec la grâce naïve, la justesse et la puissance d’expression des primitifs.

 

Ce n’est pas correct au point de vue École des Beaux-Arts, mais combien c’est vrai et comme c’est toujours nature.

 

Des armes, des outils, des ustensiles sont rangés en ordre sous la tente.

 

Des vêtements sont pendus.

 

Les sacs de cuir sont accrochés aux montants ; ils contiendront tout ce qui doit être transporté à l’abri de la pluie.

 

On pénètre par une porte basse.

 

En hiver, un feu ardent brûle au milieu de la tente.

 

Comme celle-ci a vingt-cinq pieds de haut, la fumée monte et elle s’échappe par des ouvertures percées aux quatre vents.

 

À terre sont étalées d’épaisses fourrures garnies de leur poil.

 

Lits confortables.

 

Aucune maison n’est plus chaude que ces tentes en hiver.

 

Mais ce n’est pas cette considération qui a fait adopter la tente aux Sioux et à la plus grande partie des Peaux-Rouges.

 

La cause de leur prédilection est la nécessité de s’abriter pendant leurs migrations périodiques du printemps et de l’automne.

 

Au printemps, bisons, rennes, bœufs musqués, daims, montent au nord.

 

Tous ces animaux, le renne surtout, s’accommodent mal des grandes chaleurs.

 

Dès que le thermomètre marque deux degrés au-dessus de zéro, le renne souffre et, s’il est apprivoisé, ne veut plus tirer.

 

Donc question de température.

 

Mais aussi question de nourriture.

 

Tous ces animaux sont très friands des mousses tendres, des lichens délicats, des cochléarias, des herbes fines qu’ils trouvent sous la neige en la grattant du pied.

 

Quand l’été a séché les pâturages, ils sont beaucoup moins attrayants pour les hardes qui se déploient lentement vers le nord précédant toujours un peu la fonte des neiges.

 

Il faut bien que les Sioux suivent le mouvement de leurs grands gibiers.

 

De là leurs migrations.

 

L’Arabe saharien nomadise pour trouver de l’herbe à ses troupeaux.

 

Le Sioux nomadise pour trouver de la viande qui lui est indispensable.

 

À l’approche de l’hiver, migration au retour du gibier et des chasseurs.

 

Mais c’est l’époque des grands massacres, car il faut faire la provision de réserve pour l’hiver, réserve de viande séchée.

 

Chaque famille en met de côté plus de mille kilos !

 

Notez que l’on n’y touche qu’en cas de disette de viande fraîche.

 

Par certains temps, dans certaines circonstances, le gibier s’éloigne du camp.

 

D’autres fois, une tourmente empêche le Sioux de chasser.

 

Alors on a recours à la viande sèche.

 

Les racines, les baies de conserve, les mousses, les lichens, une foule de légumes sauvages, varient l’ordinaire du Sioux.

 

Leurs tribus ignorent le scorbut.

 

Il ne faudrait pas oublier, parmi les ressources du Sioux, la grande et la petite pêche.

 

Un campement d’été présente une très vive animation.

 

Hors des wigwams, les femmes préparent les mets, sèchent les viandes, fabriquent des vêtements avec des peaux travaillées.

 

Ces peaux de bisons ou de daims sont d’une solidité et d’une souplesse, d’une douceur au toucher et d’une légèreté extraordinaires.

 

Aussi valent-elles cher.

 

Voici le secret de leur préparation.

 

On les tend d’abord pendant plusieurs jours sur un châssis que l’on expose au soleil et aux froids de la nuit.

 

La rosée ou la gelée, suivies de l’assèchement du jour et des rudes morsures de la chaleur solaire, produisent leur effet.

 

La peau se raidit.

 

Quand elle est à point, on l’enduit de cervelle d’élan, de buffle ou de daim, du côté charnu, on la pétrit à la main, au pied, puis on la gratte avec un os taillé en doloire. [2]

 

Elle s’amollit et devient très nette.

 

Alors on creuse un trou de trois ou quatre pieds de profondeur en terre.

 

On l’emplit de poussière de bois aromatique pourri, poussière séchée.

 

On tend la peau par dessus le trou, après avoir allumé la poussière.

 

On couvre le tout d’une tente de peau ad hoc qui ferme hermétiquement.

 

Une fumée âcre, mais odorante, remplit la tente et la peau la pompe pendant six ou huit jours et plus.

 

« Il faut, disent les Indiens, que toute la fumée soit bue. »

 

Quand on enlève la tête, la préparation est terminée et nulle autre n’égale celle-là.

 

Aussi ces peaux sont elles payées très cher aux États-Unis.

 

Les Sioux l’ignorent.

 

Ils les échangent pour des choses de valeur dérisoire.

 

Et cependant les culottes en peau de daim du général Grant lui ont coûté cent dollars…

 

La peau avait été tannée par les Sioux.

 

Tout le travail de ménage revient aux femmes et il est rude.

 

Aussi les Anglo-Saxons affectent-ils une grande indignation contre le Sioux qui fume sa pipe ou aiguise ses armes « pendant que sa femme peine terriblement. »

 

Mais est-ce que nos paysannes ne vont pas comme l’indienne au bois et n’en rapportent pas de lourds fagots.

 

Est-ce que les corvées du lavoir en hiver ne sont pas dures ?

 

Est-ce que la couture, la cuisine, les soins aux enfants ne sont pas imposés à nos paysannes comme à l’Indienne, comme à la femme arabe (j’entends la bédouine) ?

 

Tout ce qui a été dit au sujet de la misère des Indiennes est du sentimentalisme hypocrite particulier aux Anglais.

 

Ces bêtes féroces ont l’air de s’attendrir sur l’Indienne pour rendre odieux leur gibier, le malheureux Indien.

 

Et le travail de celui-ci est passé sous silence, quoique l’on sache très bien qu’il est très dur et très dangereux.

 

C’est la chasse.

 

La chasse à cheval.

 

Trente heures de selle n’effraient pas le cavalier Sioux.

 

Et, sans cesse, il faut chasser par tous les temps, puisque le fond de la nourriture est la viande et que la consommation en est énorme.

 

Au foyer, le chasseur a ses travaux, des armes à fabriquer, à réparer, et une foule d’ouvrages de patience.

 

Rien de plus absurde que de l’accuser de fainéantise.

 

En pays bédouin, comme en pays indien (je ne parle pas des musulmans des villes), les charges sont aussi bien réparties entre maris et femmes que dans nos villages.

 

Avec cette différence que l’Indien ne bat jamais sa femme.

 

S’il en est mécontent à bon droit, il expose ses griefs devant tout le village, où chacun est apparenté.

 

On approuve sa résolution et la femme rentre dans sa famille.

 

C’est le divorce prononcé par le peuple assemblé, juge infaillible.

 

Voilà l’esquisse rapide d’un village de Sioux.

 

Or, un voyageur blanc venait d’entrer dans le campement d’un chef nommé Taclan-Bi-Tanararon.

 

Cela veut dire Tonnerre Grondant. Le chef est prévenu.

 

Selon les règles de la politesse indienne, il attend le visiteur dans son wigwam.

 

Celui-ci traverse le village sans qu’on paraisse prendre garde à lui.

 

C’est un gentleman, ce que nos paysans appellent un monsieur.

 

Mais ce n’est pas un homme distingué. Tant s’en faut.

 

Son vice, l’ivrognerie, l’a marqué de ses tares, et le visage est dégradé.

 

Cet homme, nos lecteurs habituels le connaissent, c’est Nilson !

 

C’est l’ancien directeur de la factorerie des bords du Mackensie que M. d’Ussonville a cassé et chassé honteusement, comme il en a cassé et chassé plusieurs autres.

 

Et Nilson s’est vengé.

 

À la tête de ses confrères et amis, il a enlevé dans l’île de Banks la nièce de M. d’Ussonville et l’ordonnance de celle ci, Nadali, une ex-amazone de Béhanzin.

 

Et Nilson vient, à ce sujet, négocier avec Tonnerre-Grondant.

 

Il traversa donc le campement sans mot dire, au milieu de l’inattention apparente générale et il arriva devant le wigwam (tente) du sachem.

 

Une demi-douzaine de chiens hargneux se mirent à hurler.

 

Derrière eux, petits garçons et fillettes se tenaient à l’écart avec des airs effarouchés.

 

Le visiteur savait qu’à moins d’excitation de la part du maître, les chiens ne le mordraient pas et il ne s’en occupa point.

 

Il se dirigea vers le centre où brûlait le foyer, car la journée était froide et brumeuse ; les habitants étaient ou assis ou couchés, les pieds au feu.

 

Personne ne se dérangea sauf une jeune fille qui déroula, en silence, une natte de jonc. Personne ne regarda le visage du blanc ; ç’eût été impoli.

 

Tous les regards étaient fixés sur ses pieds ; puis après une contemplation muette des mocassins du visiteur, le sachem dit :

 

– Assieds-toi !

 

Point d’escabeau.

 

Grosse, très grosse difficulté pour un blanc que de s’accroupir à l’indienne.

 

Eux, les Peaux-Rouges, accoutumés à cet exercice, le font sans fatigue, sans efforts, avec beaucoup de souplesse et de grâce.

 

Ils croisent leurs pieds d’abord, portent les mains et la tête en avant et se laissent aller doucement jusqu’à ce que le séant touche en partie le sol, en partie les talons.

 

Ils se relèvent aisément, aussi lentement, sans s’aider de la main pour se donner l’élan.

 

Il y a tant de points de ressemblance entre les Arabes et les Sioux que l’on en est continuellement frappé.

 

Ainsi les Arabes s’accroupissent exactement comme les Peaux-Rouges.

 

Nilson était fait à cette acrobatie et il l’exécuta brillamment.

 

Alors le sachem alluma un calumet, puis il le fit présenter au visiteur.

 

Toujours sans mot dire.

 

C’est à ce moment que l’hôte doit jeter un regard circulaire sur l’ameublement, et, s’il est bien élevé, faire des petites réflexions élogieuses.

 

Le sachem avait une jeune fille déjà bonne à marier et Julie, sa femme, fort belle encore, berçait un enfant dans un berceau d’osier qui était suspendu entre deux montants.

 

Très élégant, ce petit berceau, et sa carcasse d’osier était revêtue d’une peau de porc-épic dont les piquants étaient teints de couleurs diverses.

 

L’utilité de cette peau est d’empêcher les chiens de se dresser, près du berceau, sur leurs pattes de derrière et d’appuyer celles de devant sur le berceau pour lécher l’enfant, ce qui le ferait tomber à terre.

 

Pour porter son enfant derrière son dos la mère dégrafe la peau de porc-épic qui la piquerait.

 

Nilson passa la revue des armes et de l’ameublement.

 

Boucliers renforcés.

 

Il en fut étonné.

 

– Il me semble, dit-il, que voilà des boucliers d’une grande épaisseur.

 

– Och ! (oui), dit Tonnerre-Grondant.

 

– Ils sont plus longs que d’habitude et échancrés par le bas.

 

– Pour descendre plus bas que la selle et protéger les jambes jusqu’aux genoux.

 

– Le prolongement en dehors est pour la tête probablement ?

 

– Oui.

 

» Il est percé de deux trous pour les yeux, afin de se diriger pendant la charge.

 

» Nous avons aussi augmenté la bosse qu’ils font pour que la balle glisse mieux.

 

– Pourquoi ces changements ?

 

– Les fusils des blancs sont devenus trop forts et leurs balles crevaient nos anciens boucliers.

 

» Aujourd’hui nous sommes sûrs de pouvoir arriver sur l’ennemi.

 

» Nous avons des jambières à l’épreuve, et, ce que tu vois là, ce sont des cuirasses pour le poitrail du cheval.

 

– Elles résistent aux balles nouvelles ?

 

– Celles-ci glissent, je te l’ai dit.

 

– Et qui vous a donné idée de ce perfectionnement ?

 

Le sachem fièrement :

 

– Idée à moi.

 

Nilson réfléchit.

 

Il savait le sachem très intelligent, mais il ne le croyait pas novateur à ce point.

 

Les boucliers sioux sont faits d’une carcasse de bois sur laquelle est étendue une peau de buffle d’abord.

 

Puis on fait fondre des sabots de buffle mélangés avec diverses substances durcissantes et on étend par couche, à l’état tiède, cette gélatine à l’état de pâte tiède.

 

Couche sur couche.

 

On couvre le tout d’une seconde peau.

 

La composition devient dure et sonore comme du fer.

 

L’ancien bouclier était impénétrable à l’ancienne balle.

 

Nilson put se convaincre que le nouveau résistait aux projectiles de son Remington.

 

Il en fut très surpris.

 

Il vit des selles.

 

– Mais, dit-il, c’est encore un nouveau modèle, comme le bouclier.

 

– Oui, dit le sachem.

 

» Le bec du devant se relève haut et large, protégeant le ventre.

 

» Le dos aussi est couvert.

 

– Sachem, c’est très bien.

 

» Tu mérites de commander, mais tes carquois sont bien petits.

 

– Petites aussi mes flèches.

 

– Pourquoi ?

 

Le sachem sourit.

 

– Empoisonnées ! dit-il.

 

Un trappeur brésilien nous a appris le secret du poison.

 

– Les fers de lances sont coiffés ?

 

– Comme les fers de flèches.

 

» Ils sont empoisonnés aussi et nous les coiffons d’un bonnet de bois.

 

» On le retire pour s’en servir.

 

– Alors vos harpons sont empoisonnés aussi, à leur voir un capuchon ?

 

– Oui.

 

– Mais vous ne vous en servez pas contre le gibier, je suppose.

 

– Si !

 

» Le poison foudroie, mais la bête reste bonne à manger.

 

– Vraiment ?

 

– Oui.

 

» On se contente d’enlever ce qui devient noir autour de la blessure.

 

– Tu as de belles gibecières.

 

– Ma femme sait broder et peindre.

 

» Vois ma tunique.

 

Il portait, en effet, une belle tunique en peau de buffle sur laquelle sa femme avait brodé des cadres d’un joli dessin.

 

Dans les cadres, des peintures représentant les combats de son mari.

 

Les mocassins en peau de daim du sachem étaient ornés de piquants de porc-épic teints ; ils étaient brodés et, au dessus du genou, pendaient des scalps, dix à gauche, vingt à droite. C’étaient les chevelures d’autant d’ennemis tués par le chef.

 

Le sachem était coiffé d’une peau d’hermine très précieuse qui, par derrière, formait queue jusqu’à terre.

 

Au sommet de la coiffure, une touffe de plumes d’aigle.

 

D’autres, en couronne.

 

Sur le front, le chef porte une paire de cornes ; c’est le signe du commandement.

 

Or, cette paire de cornes était aussi un insigne de chefs chez les juifs.

 

On s’accorde à dire que les Peaux-Rouges ont le type sémite.

 

Ce seraient des tribus sémites indoues qui, traversant le détroit de Behring, auraient peuplé l’Amérique en refoulant des tribus autochtones plus sauvages.

 

Tout plaide en faveur de cette hypothèse, le type et les habitudes.

 

Je l’ai dit, Bédouins sémites et Peaux-Rouges se ressemblent.

 

Il est à remarquer surtout que le teint est le même.

 

Couleur café au lait.

 

C’est le même teint que les Abysinniens, que les Ouhamas et que les tribus Cafres de l’Est Africain.

 

Mais, alors, pourquoi Peaux-Rouges ?

 

Parce que les Indiens se teignent, comme les Cafres, avec de l’ocre rouge délayé dans de la graisse.

 

Nilson complimenta le sachem sur la beauté et la variété de ses masques en peau de bison, sur la solidité de ses sacs de déménagement et sur le fort travail de ces gibecières.

 

Puis il admira tout haut les tuniques en peau d’agneau de la mère et de la fille brodées de dessins représentant des lianes encadrant des bouquets de fleurs peintes.

 

Ayant rempli ces devoirs de politesse, Nilson entama la négociation pour laquelle il était venu.

 

– Sachem, dit-il, tu as beaucoup de chevaux, tous très beaux ?

 

– Mes jeunes gens, dit Tonnerre-Grondant, savent prendre les chevaux sauvages.

 

» Ils ne lancent le lazzo que sur les plus beaux mustangs.

 

» Nous dédaignons les autres.

 

Nilson passa en revue les richesses du Sioux, puis il lui dit :

 

– Il te manque quelque chose.

 

– Quoi ?

 

– Des fusils comme celui-ci.

 

Il montra son Remington.

 

Le sachem poussa un soupir.

 

Nilson demanda :

 

– Combien as-tu de guerriers ?

 

– Cent quatre-vingt-trois.

 

– Je te propose un marché.

 

– J’écoute.

 

– Je te donnerai deux cents fusils Remington en bon état.

 

» Ils seront approvisionnés à cinq cents cartouches chacun.

 

» Tu auras un gage en main.

 

» Tu ne livreras le gage que quand je t’aurai livré les fusils.

 

Le sachem réprimant une très vive émotion demanda :

 

– Mais que me faudra-t-il faire ?

 

– Presque rien.

 

– Alors je me défie.

 

– Pourquoi ?

 

– Tu n’es pas homme à donner beaucoup pour presque rien.

 

Nilson se mit à sourire.

 

– Ta réflexion, dit-il, est d’un esprit judicieux ; mais si le service que je te demande n’est rien pour toi, il est beaucoup pour moi.

 

– Que veux-tu ?

 

– Je veux t’amener une jeune fille que j’ai enlevée.

 

Le sachem ne protesta pas.

 

L’enlèvement d’une fille par un garçon qui veut en faire sa femme ne choque pas beaucoup les Indiens et le sachem crut que c’était le cas.

 

Il se contenta de demander :

 

– Et après ?

 

– Tu donneras à cette fille une tente et des femmes qui la garderont.

 

» Elles l’accompagneront partout.

 

» Si tu la laissais échapper, tu serais à l’amende de vingt peaux de zibeline.

 

» Si tu la fais bien garder, tu me la rendras contre les deux cents Remingtons.

 

– Pourquoi la caches-tu chez moi ?

 

» Pourquoi ne l’épouses-tu pas tout de suite ?

 

» Ce serait fixé.

 

» Les parents ne te la réclameraient plus.

 

– Mon but n’est pas de l’épouser, mais d’obtenir de sa famille quelque chose qu’elle me refuse, et si tu sais brider les langues des tes femmes, de tes jeunes gens, personne ne saura qu’elle est ici.

 

Le sachem réfléchit longuement.

 

En tous sens, il tourna, retourna la question, puis il dit gravement :

 

– Je vais assembler le conseil.

 

Il appela le crieur public.

 

Celui-ci reçut un ordre, sortit, siffla dans un tibia de daim, puis il appela les guerriers à tenir le conseil.

 

Les guerriers sont ceux qui ont tué plusieurs ennemis ou beaucoup de jaguars.

 

Des braves se mettent volontairement sous leurs ordres.

 

Chacun suit ses sympathies.

 

De droit, les guerriers s’assoient au conseil, ainsi que le médecin ou sorcier.

 

Le mot médecine a une très large signification chez les Indiens.

 

La médecine comprend la religion, les sortilèges, et les remèdes magiques.

 

Car pour les remèdes réels qu’ils emploient, tous les Indiens les connaissent.

 

Le quinquina est une de leurs découvertes et non des moins précieuses.

 

La coca qui rend maintenant de si grands services dans la thérapeutique était connue d’eux depuis longtemps.

 

J’en passe et des meilleurs.

 

Mais cependant je dois dire que l’on vient de découvrir, dans la tête même des vipères, le remède à la piqûre de la vipère.

 

Or, le sauvage, après avoir au-dessus de la piqûre ligaturé le membre atteint, après avoir sucé la plaie, le sauvage écrasait la tête du serpent et l’appliquait avec une compresse sur la blessure.

 

On se moquait de lui.

 

On n’en rit plus aujourd’hui.

 

Mais je le répète, ce qu’il demande au sorcier, c’est une médecine morale.

 

Le sorcier revêt une peau d’ours, prend un caducée enveloppé d’une peau de serpent et piqué dans des corps de rats, de crapauds, de corbeaux et autres animaux, notamment de hiboux.

 

À sa fourrure d’ours, au masques, aux coudes, aux genoux, pendent des sonnettes, des grelots et d’autres objets faisant du bruit, des castagnettes, par exemple, et petits cailloux enfermés dans des étuis.

 

Et il s’en va faire autour du malade des danses, des exorcismes, des conjurations, des passes, des massages et autres pratiques.

 

N’est pas sorcier qui veut.

 

Il faut subir des épreuves extraordinaires, cruelles et bizarres.

 

Une des fonctions du sorcier est de produire la pluie ou de la faire cesser.

 

Il connaît, à certains signes, l’approche du mauvais ou du beau temps.

 

Il refuse toute conjuration jusqu’à ce que ces signes paraissent.

 

Alors il se livre à ses simagrées et le temps demandé se produit.

 

On acclame le sorcier.

 

Pourquoi un peuple qui n’est pas agriculteur demande-t-il pluie ou beau temps.

 

Question de fourrage.

 

Le sorcier est l’homme le plus heureux du village ; il a toujours la panse pleine.

 

À lui les meilleurs morceaux, sans qu’il ait besoin d’aller à la chasse.

 

Son pouvoir contrebalance celui du sachem ; il est très influent.

 

Au conseil, on l’écoute avec révérence.

 

Le sorcier ne manqua pas de se rendre à l’assemblée avec les guerriers.

 

Parlement en plein air.

 

On s’assit en cercle.

 

Derrière chaque guerrier, ses braves.

 

Derrière eux, les femmes et les enfants.

 

Derrière encore, les chiens.

 

C’est une scène pittoresque.

 

On alluma le calumet et le chef blanc, comme tous les guerriers, en fumèrent une aspiration.

 

Après quoi, la parole fut donnée à Nilson, qui développa sa proposition.

 

Quand il eut terminé, le sorcier dit en langage amphigourique :

 

– Qui se cache derrière une pierre a de mauvais desseins.

 

» Les blancs ont souvent la langue fourchue comme celle des serpents.

 

» Quand on invite un homme à s’approcher d’un feu qui l’éclairera, s’il s’y refuse, c’est qu’il a une arrière-pensée.

 

» Celui qui souffle une torche portée par un autre, veut les ténèbres.

 

» Qui veut les ténèbres est un très mauvais homme.

 

– Och ! dirent les guerriers.

 

Alors brusquement le sorcier demanda à Nilson abasourdi par ce flot de phrases tombant en averse :

 

– Que veux-tu de la famille de la jeune fille que tu prétends nous faire garder ?

 

– Ça, dit Nilson, c’est mon affaire.

 

– Une affaire que tu ne veux pas éclaircir.

 

Aux guerriers :

 

– Voyez !

 

» Il ne veut pas que nous sachions.

 

Et il se tut.

 

Il se fit un grand silence.

 

Chacun réfléchissait.

 

Nilson dit enfin :

 

– Deux cents Remingtons sont bons à prendre et ils vous rendraient très forts.

 

» Je vous confierai une jeune fille, vous me la rendrez, peu vous importe le reste.

 

Le sachem demanda à un guerrier :

 

– Qu’en pense le Nez-Forcé ?

 

– Je pense que du moment où nous aurons la jeune fille, que nous ne la rendrons que contre les fusils, l’affaire est bonne.

 

Le sachem questionna tous les guerriers et tous furent d’avis d’accepter.

 

Mais il fallait savoir si le sorcier approuverait cette décision.

 

Consulté, il répondit toujours en parabolique et amphigourique langage.

 

– Il vaut mieux tenir un poisson par la tête que par la queue.

 

» Toutefois, si vous ne pouvez prendre que la queue, pincez-la avec l’ongle du pouce.

 

» Peut-être retiendrez-vous le poisson.

 

» Puisque le blanc ne veut pas dire ce qu’il attend de la famille de la jeune prisonnière, faisons comme on fait quand on ne peut mieux faire et acceptons les deux cents fusils.

 

– À la bonne heure, dit Nilson, voilà qui est parlé, ô grand médecin.

 

Et il entra dans tous les détails de la convention qui fut proclamée faite et bien faite par le crieur public.

 

La foule ratifia, en criant à pleins poumons et longtemps :

 

– Och ! Och ! Och !…

 

– Demain, dit Nilson, quand l’enthousiasme se fut calmé, demain je vous amènerai la jeune fille.

 

– Et nous la garderons ! dit le sachem.

 

Il reconduisit son hôte dans son wigwam et il lui fit servir un bon repas de venaison que les femmes avaient préparé.

 

Il l’entoura de soins et d’égards et le reconduisit jusqu’au moment où le visiteur monta sur son cheval qu’il avait laissé à l’entrée du village.

 

CHAPITRE II

RAYON-D’OR LE BOIS-BRULÉ

 

Le sachem, en rentrant dans celui-ci, trouva le conseil encore assemblé.

 

Il s’en étonna. Il demanda :

 

– Mes frères délibèrent donc encore ?

 

– Nous t’attendons ! dit un vieillard.

 

La Loutre a quelque chose à nous dire.

 

La Loutre était le sorcier dont le visage malicieux s’éclairait d’un sourire fin et moqueur.

 

– Mes frères, dit-il, je voulais vous demander si l’un de vous savait ce que Nilson veut exiger de la famille de la jeune fille.

 

Personne ne répondait.

 

Mais, parmi les braves, un adolescent de quatorze ans dit :

 

– Je le sais, moi.

 

Le guerrier que suivait ce très jeune brave, dit d’un ton grondeur :

 

– Tais-toi, Rayon-d’Or.

 

» Tu n’as pas le droit de parler.

 

– Je l’ai…

 

Et le jeune homme s’avança.

 

Il était peint en guerre et en armes.

 

– Je venais d’arriver d’une expédition, dit-il, quand j’ai vu le conseil réuni. J’ai écouté.

 

» J’ai entendu.

 

» J’ai compris.

 

» Je n’ai pas réclamé mon droit devant l’étranger pour ne pas troubler l’assemblée ; mais, mon droit, je le réclame.

 

Le sachem dit :

 

– Prouve ton droit.

 

Le jeune homme tira de sa gibecière quatre chevelures sanglantes.

 

On poussa des Ochs d’approbation.

 

Il était superbe, Rayon-d’Or, en montrent ces trophées.

 

Il avait une jolie figure, le teint clair, l’air espiègle et hardi, le regard ferme et questionneur, le sourire aimable.

 

Sa tête avait dans les traits, dans l’expression, quelque chose de français.

 

Tous ceux qui le voyaient en étaient frappés et en demandaient l’explication.

 

D’autant plus qu’une splendide chevelure blonde jetait sur son visage des reflets dorés de teinte claire.

 

Ce jeune homme était un métis, fils d’un Bois-Brûlé et d’une Sioux.

 

Son père s’était épris d’une fille de la tribu et l’avait épousée.

 

Grand honneur pour les Sioux.

 

Les Bois-Brûlés sont des descendants de vieux colons français du Canada qui s’étaient mariés avec des indiennes.

 

Ils brûlaient des parties de forêt pour défricher les terres où ils voulaient s’établir ; de là leur nom.

 

Cultivateurs en été, bûcherons pendant l’hiver, ils prospérèrent.

 

Ils sont aujourd’hui nombreux et répandus partout, surtout au Nord-Est.

 

Ce sont eux qui ont fait la dernière révolte contre les Anglais.

 

Ils avaient les Peaux-Rouges comme alliés. Le père de Rayon-d’Or fut le chef des Sioux, pendant toute la durée de la guerre, chef suprême.

 

Craignant la vengeance des Anglais, il était resté au milieu d’eux.

 

Mais il mourut jeune, après avoir eu pourtant le temps d’apprendre à son fils le français, l’anglais, à lire, à écrire, à compter.

 

Il s’était procuré dans les factoreries des livres, des journaux, des revues.

 

Les Français des grandes villes françaises du Canada s’occupent beaucoup de l’instruction à répandre parmi les bûcherons et les fermiers disséminés dans les forêts de l’Est et du Nord.

 

Une bonne œuvre, celle de La Lecture, a été fondée ; elle recueille tous les journaux, revues, livres qui ayant été lus, lui sont donnés.

 

Elle en charge les vapeurs et les trains pour que les conducteurs de chemin de ter et les mariniers distribuent ces livres, ces périodiques gratuitement et en déposent dans les forts.

 

Les pères, les mères des Bois-Brûlés ne manquent jamais au devoir d’apprendre à lire et à écrire à leurs enfants.

 

Aux livres, la société de La Lecture joint de vieux cahiers scolaires.

 

Les petits Bois-Brûlés écrivent entre les lignes et copient ces lignes.

 

N’est-ce pas très ingénieux.

 

Ce Rayon-d’Or, fils d’un grand chef, instruit et nourri de lectures qui lui avaient fait une assez étrange éducation, était très aimé par toute la tribu.

 

Il exerçait sur tous les jeunes gens une fascination évidente.

 

Il était leur chef par un consentement unanime et tacite.

 

Jusqu’ici, il avait suivi un vieux cousin, homme de grande expérience qui l’avait formé ; il brûlait de s’émanciper.

 

Il voulait à son tour être chef.

 

Et maintenant il en avait le droit et il le prouvait.

 

Montrant les chevelures :

 

– J’avais remarqué, dit-il, les traces de quatre guerriers de la tribu des Corbeaux, ces voleurs qui cherchent à nous enlever nos chevaux ; je les ai épiés et je les ai surpris pendant le cours de la nuit dernière.

 

» Je les ai tués tous les quatre.

 

» Voilà les scalps.

 

» Suis-je guerrier ?

 

– Tu es guerrier.

 

Et toute la tribu d’approuver.

 

– Och ! Och !

 

Le jeune homme s’assit alors auprès de son vieux cousin, fier de son élève.

 

Alors le sachem dit :

 

– Puisque tu sais le secret du blanc, dis-le, Rayon-d’Or.

 

Mais lui qui avait pris quelque chose dans sa gibecière le cacha dans le creux de sa main, puis levant son paquet il dit :

 

– Le secret est là-dedans.

 

» Je ne veux pas enlever à notre grand médecin l’honneur de vous le révéler.

 

Mais, quand il aura parlé, j’ouvrirai ma main et vous verrez que j’avais deviné ce que ce Nilson voulait de la famille de la captive.

 

Le sachem dit au sorcier :

 

– Parle, La Loutre.

 

– Mes frères, dit le rusé personnage, ce qu’exigera Nilson, c’est une rançon.

 

Et Rayon-d’Or ouvrant la main, montra une pièce de monnaie.

 

– Voyez ! fit-il.

 

J’ai mis cette pièce d’argent dans ma main pour vous prouver que je savai